Les étangs du Creux de-Terre à Chavornay

En bref

Le Creux de Terre est le marais le plus important dans la plaine de l'Orbe, aujourd'hui presque complètement drainée. En automne, c'est l'un des meilleurs sites d'escales pour les limicoles en Suisse (Bécassine des marais, Bécasseaux variables, de Temminck, minute, Chevaliers culblancs, sylvains, aboyeurs, arlequins, Gravelots etc.). C'est aussi un lieu de pêche pour le Martin-pêcheur, les Hérons, Aigrettes et, beaucoup plus exceptionnellement, du Butor étoilé. La présence de cet oiseau rare, exigeant quant à la qualité de son biotope et sensible aux dérangements, démontre l'importance de la préservation de petites réserves naturelles en plaine.

L. Maumary

Photo: Stanley Maumary

Historique

La plaine de l'Orbe comportait de grandes étendues marécageuses jusqu'aux opérations de correction des eaux du Jura réalisées à partir des années 1870. L'abaissement du niveau des lacs subjurassiens a eu pour effet d'en assècher une grande partie, permettant la mise en culture de la quasi totalité de sa surface. Malgré ces transformations, elle a gardé un grand intérêt ornithologique aussi bien pour les espèces nicheuses que pour celles qui y passent. Dès le début des années 50, le nom de Chavornay apparaît régulièrement dans les chroniques ornithologiques. C'est d'abord au mérite de Jean-Pierre Vuagniaux qu'on le doit. Il fut le premier à alerter les ornithologues et attira leur attention sur l'intérêt exceptionnel du site La richesse de l'avifaune de cette localité est due essentiellement à quelques petits étangs qui sont, avec ceux de Bavois, les seules reliques de ce que fut autrefois cette vaste plaine marécageuse. Idéalement situés dans l'axe de migration du Plateau suisse, ces zones humides allaient très vite se révéler des hauts lieux de l'observation des oiseaux en Suisse.

Photo: Stanley Maumary

Le "Creux de Terre" se trouve à proximité immédiate du village de Chavornay. Depuis le début du XXe siècle, on y a extrait de l'argile pour une tuilerie. Petit à petit laissées à l'abandon, les anciennes glaisières sont devenues au fil des ans étangs, roselières ou bosquets, selon leur âge et leur profondeur. A la fin de l'année 1964, le chantier fut définitivement abandonné. Depuis cette année-là et jusqu'à la fin du siècle passé, Daniel Glayre en a été l'observateur régulier et assidu, permettant d'en établir la grande richesse ornithologique. Si certaines parties ont été rendues à l'agriculture par le dépôt d'une couche de terre arable, d'autres sont devenues des réserves naurelles, propriété de l'Etat de Vaud. La partie septentrionale, Pré Bélisson, à l'origine un terrain vague, avec des zones marécageuses envahies de massettes, de carex et d'autres plantes palustres se révéla très vite favorable au stationnement des anatidés et des limicoles. Le pomp age, qui à l'origine était destiné à assècher ces mares a ensuite été redirigé afin de donner à ces étangs une plus grande valeur naturelle. D'abord libres de végétation, les fonds argileux accueillirent la légion des limicoles. A côté des espèces courantes quelques raretés allaient être observées: Phalarope à bec étroit, Chevalier stagnatile, Glaréole à collier, Bécasseaux tacheté et falcinelle, sans oublier la première mention en Suisse du Bécasseau rousset en 1973.

P.-A. Ravussin & E. Sermet